Gravures
La
gravure et ses techniques
Introduction
Estampes : image imprimée au moyen d’une
planche gravée ou dessinée sur un support quelconque.
C’est en Chine, à la suite de l’invention du papier autour
de 105ap.JC, qu’apparurent les premières estampes. En Europe, la gravure en
relief fut la première à se développer, au XIVème siècle, grâce à
l’introduction des techniques de fabrication du papier importées d’Orient.
Le XVIème siècle vit apparaître le tirage à partir d’une
gravure sur métal ainsi que les techniques de la taille-douce, du burin et de
l’eau-forte.
Moyen d’expression à part entière, l’estampe fut en outre un
mode essentiel de diffusion de l’image, à travers les ouvrages religieux ou
profanes, les illustrations scientifiques (planches anatomiques) ou populaires
et les reproductions d’½uvres d’art. Au Xxème siécle, l’estampe est
essentiellement artistique.
La gravure n’est pas née de volontés esthétiques mais de la
nécessité pratique de multiplier les images, dans ce même mouvement qui
assurait la diffusion des textes par l’imprimerie. Le plus notable effet de ce
commerce fut de faire circuler dans toute l’Europe certains thèmes et motifs.
La vallée du Haut Rhin au XV ème siècle, Anvers au XVI ème,
la Rue St Jacques à Paris furent les grands centres de diffusion de ces
gravures d’un maigre intérêt artistique.
Il existe différents procédés de gravure : la gravure
en relief, ou taille d’épargne, la gravure en creux, ou taille douce,
et la gravure à plat.
Les différentes techniques :
La gravure en relief :
Les graveurs qui privilégient cette technique utilisent
généralement le bois. Il faut cependant distinguer de prime abord le bois
gravé, ou bois de fil, de la gravure sur bois, appelée aussi bois
debout : dans le premier cas, la planche est taillée parallèlement aux
fils du bois, et perpendiculairement dans le second.
La taille d’épargne est la plus ancienne méthode de gravure.
Pendant des siècles, la technique de base consista à creuser certaines parties
de la surface d’une planche de bois en réservant la forme de l’image à
imprimer : le dessin à reproduire apparaissait donc en relief sur la
planche. Traditionnellement, on utilisait des bois fruitiers comme le merisier
ou le poirier.
La surface de la planche est
d’abord polie, puis éventuellement durcie à la gomme-laque, ce qui accroît sa
résistance aux passages répétés sous la presse. L’artiste commence par peindre
ou dessiner l’image sur la planche ; il creuse ensuite le bois de chaque
côté du tracé à l’aide de pointes et de gouges de différentes dimensions, de
telle sorte que l’image apparaisse en relief. Un rouleau imbibé d’encre grasse
est passé sur toute la surface. Pour réaliser des gravures en couleurs, on
utilise plusieurs planches, une pour chaque coloris.
- La gravure sur
bois, technique apparue au XVIIIème siècle, fut
principalement utilisée dans l’illustration. A l’aide d’un burin,
l’artiste creusait une image sur un bloc taillé en bois debout (c’est-à-dire
perpendiculairement au fil du bois). Il utilisait généralement du buis,dont le
c½ur, très dur, lui permettait de créer des images aux tracés fins et
détaillés.
La gravure en creux :
Comme le bois est le médium privilégié de la gravure en
relief, le métal est celui de la gravure en creux ou gravure en taille-douce,
du nom de la presse utilisée. Le dessin est gravé en creux sur la plaque, d’un
trait plus ou moins large et plus ou moins profond qui donnera, à l’impression,
des tonalités de noir différentes. Une fois le travail de gravure achevée, on
encre la plaque en passant dessus une couche uniforme, avant de l’essuyer
soigneusement. L’encre ne reste plus que dans le creux du dessin. La plaque est
alors fixée sur le plateau de la presse, et l’on pose dessus une feuille de
papier humidifié, le tout étant recouvert de tissu afin d’atténuer la pression,
très forte, qui s’exerce lorsqu’on fait passer le plateau entre deux rouleaux
resserrés entraînant l’impression du dessin encré de la plaque sur la feuille.
Le burin et l’eau-forte :
Dans l’estampe en creux, le dessin n’a été dans un premier
temps qu’exécuté au trait, obtenu par une attaque directe ou indirecte de la
plaque, généralement du cuivre.
On utilise dans le premier cas un burin, pointe de métal
taillée en losange, le copeau dégagé étant ensuite enlevé. Dans le second, la
gravure est mécanique et provoquée par le passage de la planche dans un bain
d’acide, aqua fortis en latin, qui a donné le terme d’eau-forte.
L aplanche est d’abord recouverte d’une couche de vernis protecteur, résistant
à l’acide. Le graveur dessine à la pointe le dessin sur le vernis, ce qui
laisse apparaître le cuivre. L’acide creusera le métal là où il a été dégagé.
Le vernis enlevé, la plaque présente un dessin en creux, différent toutefois
dans sa configuration microscopique de celle, beaucoup plus nette, d’un trait
au burin.
Travail au burin et eau-forte furent les seules techniques
de gravure en taille-douce pratiquées durant la Renaissance, avec la pointe
sèche, variante du burin où l’on emploie une fine pointe d’acier qui incise
à peine le métal, et où on laisse de chaque côté du trait les fines griffures
de métal ainsi produites. L’encre se fixe dans ces barbes, et l’on obtient
ainsi une impression de velouté, malheureusement limitée à quelques épreuves,
le passage sous la presse finissant par les écraser.
La manière noire :
Dans tous les cas, le graveur ne dessine que des traits.
Aussi rechercha-t-on d’autres techniques pour obtenir des effets de teinte dès
le XVIIème siècle.
Le premier d’entre eux, la manière noire ou mezzotinte,
fut inventé par un Allemand, Ludwig von Siegen, en 1642. Le graveur prépare sa
plaque en la quadrillant de lignes constituées de grains réguliers au moyen
d’un outil spécial, le berceau. Si on tirait alors une épreuve de la planche,
elle présenterait une surface d’un noir uniforme, dont la qualité dépend de
celle du grainage initial. C’est de ce noir que le graveur obtient ensuite son
sujet, en dégageant progressivement, avec des instruments adaptés, les blancs
et les gris à partir du noir. Il inverse donc le schéma habituel de l’estampe
en taille-douce, qui consiste au contraire à dégager le noir du blanc.
La mezzotinte resta, pendant près d’un siècle, le seul
procédé de teinte, avant d’être concurrencée par l’aquatinte.
L‘aquatinte :
L’aquatinte date du XVIIIème siècle, époque à laquelle les
artistes ont tenté de recréer, les effets qu’ils obtenaient avec l’aquarelle ou
le lavis. Il s’agit d’un procédé comparable à l’eau forte, mais dont le
résultat est d’un aspect tout à fait différent. En effet, de grandes parties de
la planche sont exposées à l’acide, afin de produire non pas des lignes, mais
des surfaces pointillées. Dans ces surfaces, la planche est saupoudrée de
résine, puis chauffée pour que celle-ci y adhère. Pour obtenir des zones plus
sombres, l’artiste soumet plus longtemps les parties de la plaque à l’action de
l’acide, qui y forme de petits trous destinés à retenir l’encre. L’aquatinte
est une technique souvent difficile à maîtriser et s’emploie en général
conjointement avec l’eau-forte et la pointe sèche.
La manière du crayon :
Dans la manière du crayon, inventée en 1757 par le Français
Jean-Charles François (1717-1769), et développée par ses compatriotes Gilles
Demarteau (1722-1776) et Louis-Marin
Bonnet (1736-1793), on attaque le vernis avec des outils particuliers, tige à
trois pointes, roulette dentelée, matoir. L’imitation d’une sanguine ou d’un
pastel est réalisée à l’impression grâce à l’emploi d’encres de couleur et de
papiers ad hoc. Il est parfaitement possible d’attaquer directement le
métal : on parle alors simplement de roulette, de gravures « aux
outils », ou de pointillé lorsque le graveur se contente d’inciser la
plaque au moyen d’un ciselet, pointe longue et très finement aiguisée,
multipliant les points plus ou moins serrés afin d’obtenir, par leur
accumulation, des teintes plus ou moins sombres.
L’impression à plat :
Le procédé le plus courant d’impression à plat est la lithographie, qui se fonde sur
la répulsion réciproque de l’eau et des corps gras. Tout d’abord, l’artiste
dessine une image sur un bloc de calcaire fin, fraîchement poli, à l’aide d’une
encre grasse qu’il applique à la plume ou au pinceau. La plaque de calcaire est
ensuite entièrement recouverte d’un mélange d’acide nitrique et de gomme
arabique, ce qui accroît la capacité de la pierre à retenir l’humidité. L’eau n’adhère pas aux parties mouillées de
la pierre, mais au contraire sur les parties dessinées qui sont grasses.
Contrairement à la gravure sur bois et sur cuivre, la lithographie est un
procédé à plat puisque le trait n’est ni gravé, ni dégagé. Cependant le zinc ou
l’aluminium peuvent remplacer la pierre.
Inventée en 1796, par l’Allemand Senefelder, la lithographie
n’a été réellement utilisée qu’à partir de 1815.
Le monotype :
Le monotype est un procédé de gravure ne permettant de tirer
qu’un seul exemplaire à partir d’une planche. L’artiste compose un dessin à la
peinture à l’huile, à l’aquarelle ou à l’encre, sur n’importe quelle surface
lisse, généralement du verre. Puis une feuille de papier est appliquée contre la
planche et l’image est transférée par frottement ou au moyen d’une presse à
eau-forte au dos du papier.
Le cliché-verre :
Pratiqué dans las années 1850, l’artiste dessine à la pointe
sur une plaque de verre rendue opaque par l’application d’une couche de
collodion humide, parfois remplacé par de l’encre grasse ou de la couleur à
l’huile. Une fois le verre dénudé à l’endroit du dessin que l’on veut obtenir,
on l’utilise comme un négatif photographique pour tirer des épreuves sur papier
sensibilisé, par contact et insolation à la lumière du jour.
Terminologie de la gravure :
L’édition originale :
Série d’½uvres identiques imprimées avec le même support.
Chacune des estampes de la série est numérotée par ordre d’impression. La
numérotation est portée directement sur l’estampe, habituellement au crayon.
Les épreuves supplémentaires, destinées au seul usage de l’auteur, sont
appelées « épreuves d’artiste » et font également partie de l’édition
originale.
La reproduction originale :
Il s’agit d’une nouvelle édition, imprimée à partir d’une
planche ou d’une pierre originale. Les reproductions originales se font
habituellement de manière posthume ou sans l’autorisation de l’artiste.
Les différents états d’une gravure :
Après avoir gravé une image, l’artiste peut en imprimer
plusieurs exemplaires et décider un peu plus tard de modifier son dessin. A
chaque état de la composition correspond alors un numéro particulier (premier
état, deuxième état, …)
Les signatures :
Les estampes sont signées depuis la fin du Xvème siècle, le
plus souvent par des monogrammes. Au cours du XVIème siècle, les artistes
signent, en général, par leur nom latinisé et plus tard par leur nom dans leur
langue d’origine.
Les signatures sont suivies d’abréviations latines qui
précisent la part de chacun dans le travail. Ces signatures sont toujours
gravées.
Elles sont d’abord mêlées discrètement à la composition puis
se détachent lisiblement mais toujours à l’intérieur de la composition. C’est
seulement dans la seconde moitié du XVIIème siècle qu ‘elles commencent à
être isolées en dehors, dans les angles inférieurs droit et gauche, et ce
jusqu’au début du XIXème siècle. Après le XIXème siècle, il n’y a plus de
règles. Ce n ‘est qu’à la fin du XIXème siècle qu’apparaissent les premières
signarures manuscrites accompagnées d’une justification de tirage dans la marge
inférieure des estampes.